Xavier Gilbert, parcours d'un chômeur SDF devenu cadre.

Xavier Gilbert dans les jardins de l'Assemblée nationale, le 18 juin 2009, où il s'est vu remettre un prix CRESUS au titre de son parcours d'insertion via un microcrédit personnel.

18/06/2009 - C'est l'histoire banale d'un homme qui perd son emploi, sa famille, et qui se retrouve à la rue. C'est l'histoire moins banale d'un homme qui parvient à s'en sortir avec un ordinateur portable et une voiture achetée par le biais d'un microcrédit social.


Le crédit à la consommation n'a pas bonne presse en ce moment. La couverture médiatique du projet de loi visant à réformer sa distribution en France, actuellement en cours d'examen au Parlement, met principalement l'accent sur ses dérives, liées notamment au crédit revolving. Mais crédit conso ne rime pas systématiquement avec malendettement ou surendettement.

Tout d'abord, le crédit soutient la consommation des ménages, ce qui en période de crise est un ressort essentiel de l'activité économique. Ensuite, certaines formes de crédit offrent des bénéfices sociaux. C'est le cas du microcrédit personnel, prêt d'un montant modeste (quelques milliers d'euros au plus), assorti d'un échéancier de remboursement et à un taux d'intérêt qui peut être faible, voire nul. C'est grâce à un microcrédit que Xavier Gilbert est sorti de la rue.

"Ce qui m'est arrivé peut arriver à n'importe qui", témoigne ce quinquagénaire, diplômé d'un BTS d'informatique et de logistique, ancien patron d'une PME de transport dans la région parisienne qui a fait faillite dans les années 1990, lui faisant de facto perdre son emploi, mais aussi sa famille et sa maison. Après quelques années passées à vivre de missions d'intérim, Xavier Gilbert décide - suite au décès de son père en 2000 - de quitter la France. Il s'installe au Québec, où il travaille pendant cinq ans.

Pour obtenir un logement social, Xavier doit décrocher un emploi

Son retour dans la région parisienne en février 2006 se passe mal : son ex-femme et ses quatre enfants ne veulent plus entendre parler de lui. Au bout du rouleau, Xavier part à Strasbourg où vit sa soeur. Mais il n'y a pas de place pour lui chez cette dernière. Bénéficiaire du RMI - moins de 400 euros par mois -, Xavier n'a pas de quoi s'offrir un logement. Sans emploi, il devient SDF. Après avoir testé quelques nuits les structures d'accueil d'urgence, où il a été confronté à la violence, à la drogue et au vol, il préfère dormir dans des wagons de trains à quai de la gare de Strasbourg, sous la bienveillance des gardiens de nuit.

Dans sa descente aux enfers de la rue, Xavier Gilbert a conservé un précieux objet : son ordinateur portable, qu'il n'a jamais vendu même quand son ventre criait famine. Grâce à son portable, Xavier peut se connecter à internet depuis une borne wi-fi en libre accès dans un café. Il remplit ainsi tous els formulaires nécessaires pour obtenir un logement social. Mais après un mois d'attente, les services sociaux lui annoncent que pour bénéficier d'un logement, il est nécessaire d'avoir un emploi. Xavier passe donc ses journées à chercher et à postuler à des offres d'emploi en ligne.

Entre temps, au détour d'une soupe populaire, il découvre un prospectus sur l'association CRESUS, active dans le traitement et la prévention du surendettement. Xavier n'est pas surendetté mais le message de soutien juridique et social de l'association le pousse à contacter l'antenne locale de Strasbourg. Il y rencontre Jean-Louis Kiehl, l'actuel président de la fédération CRESUS. Au bout de deux heures de discussions, ce dernier demande à Xavier ce dont il a réellement besoin pour s'en sortir : "une voiture", répond-il, persuadé que disposer d'un moyen de locomotion est indispensable pour trouver un emploi.

Avec 1.800 euros de crédit, il s'achète une voiture

En juin 2006, CRESUS Alsace a justement lancé une offre de microcrédit social pour les exclus et les pauvres, en partenariat avec la société de crédit Cofinoga. Xavier a été l'un des premiers bénéficiaires de cette nouvelle offre : fin 2006, il obtient un microcrédit de 1.800 euros, assorti d'un échéancier de remboursement de 90 euros par mois avec un taux d'intérêt quasi nul. Cette somme permet à Xavier de s'acheter une voiture d'occasion et de payer l'assurance.

Cette voiture, qui est devenue son habitat pour dormir la nuit, lui permet également de décrocher un emploi. Après des mois de réponses négatives, Xavier obtient début 2007 un poste de responsable de l'activité nuit chez STEF-TFE, prestataire européen de la logistique du froid. Statut : cadre. Le site où il travaille se trouvant à 40 kilomètres de Strasbourg, et les transports en commun étant rares la nuit, sa voiture lui permet d'assumer son nouveau boulot. Au bout de quelques mois, Xavier a pu se payer un appartement.

Aujourd'hui âgé de 49 ans, Xavier a depuis quitté la société STEF-TFE et vit de nouveau en région parisienne. Il n'a jamais manqué une échéance de paiement de son microcrédit, aujourd'hui totalement remboursé.

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